En souvenir de Zhao Daoxin

par lauchircopreyes

Zhao Daoxin (1907-1990)

Zhao Daoxin (1907-1990)

« Évocations d’un enseignement sincère que je reçus pendant plus de dix ans »

 

Auteur : Yu Guoquan (于国权)

 

J’ai commencé l’étude du Xingyiquan en 1964 sous la direction de Maître Liu Xuerui. Dans le même temps, j’ai pu faire la connaissance de son disciple, Maître Chen Shifen, auprès duquel j’ai reçu ma véritable initiation. En 1966, alors que je pratiquais le tuishou avec Maître Chen au stade de sport du jardin du Peuple à Tianjin, j’ai fait la connaissance de Maître Ao Shipeng (aussi connu sous le nom d’Ao Shuopeng)[1], disciple de Maître Wang Xiangzhai[2], le fondateur du Yiquan. Maître Ao avait une profonde connaissance du Yiquan, et mettait particulièrement l’accent sur la mise en pratique de celui-ci. De plus, durant les leçons qu’il dispensait, il avait cette faculté de pouvoir, de manière claire et pertinente, exprimer par le langage la théorie de cette boxe et ainsi de combiner à merveille les explications théoriques avec les mises en application des principes.

Quand Maître Ao démontrait le tuishou avec moi, il me faisait littéralement décoller les pieds du sol avec ses sorties de force[3]. Chen Shifen qui assistait aux démonstrations était complètement subjugué quant à l’habileté d’Ao Shipeng.

Par la suite, Maître Ao m’amenait régulièrement dans différents parcs de Tianjin afin d’aller s’imprégner de ce qu’il y avait de bien chez les pratiquants des autres écoles, leur demandant souvent conseils et absorbant les qualités de chacun. C’était riche en expérience d’échanges réels, comme de rencontres en tuishou, que d’être sous la tutelle de Maître Ao. Grâce à ce dernier, j’ai également été introduis auprès de Maître Yao Zongxun, qui par chance se rendait régulièrement à Tianjin afin de rendre visite et prodiguer des conseils à Maître Li Wentao ; celui-ci profitait en effet beaucoup des enseignements de Maître Yao. Quelques années plus tard, j’ai fait la rencontre de Cui Ruibin, disciple de Maître Yao, et de Yao Chengguang (fils de Maître Yao). Nous étions comme frères et j’ai reçu de leur part une aide immense dans la pratique.

À la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, avec l’accord de mes professeurs, Maître Liu Xuerui et Maître Ao, j’ai reconnu pour professeur le disciple de Maître Zhang Zhankui[4]et fondateur du Luoxuanquan, Maître Qiu Zhihe[5].

Durant l’année 1975, j’ai été introduit, via Maître Qiu et Maître Ao, à Maître Zhao Daoxin[6]. Ce jour-là, accompagné de Guo Jiming, un autre disciple de Maître Qiu, nous avons rencontré Maître Zhao au parc Shuishang à Tianjin. Lorsque j’ai aperçu Maître Zhao pour la première fois, se tenait debout devant moi un septuagénaire atteint d’une thrombophlébite cérébrale, s’appuyant sur une seule jambe canne à la main. Vue de l’extérieur, qu’elle ressemblance y’avait-il avec un pratiquant d’arts martiaux ? L’image que je me faisais de Maître Zhao au travers de ce que j’avais pu entendre dire était à des années lumières de la réalité. Ainsi je me demandais : « Au vu de son état général, est-il toujours en mesure de boxer ? ». Tout comme s’il lisait dans mes pensées, Maître Zhao de me dire avant toute chose : « Guoquan, ça te dit qu’on essaye un peu tous les deux ? Envoie donc tes mains comme bon te semble ! ». Après avoir entendu cela, je me souciais véritablement de savoir si ce vieil homme à l’allure frêle en face de moi serait capable d’encaisser mes coups. Cependant, ma curiosité m’a poussé tout de même à essayer et j’ai donc décidé d’attaquer Zhao Daoxin au buste. Au moment où j’ai touché son corps, celui-ci s’est mis à vibrer en de « micro-mouvements » ; j’ai eu alors la sensation de prendre comme une violente décharge électrique ou encore de percuter une sorte de ventilateur tournant à pleine vitesse ! J’ai été balancé en arrière ; j’ai d’abord vu les étoiles, puis un voile noire encre devant mes yeux avant de ressentir un mal au cœur accompagné de nausées… J’ai mis pas moins de deux-trois minutes pour revenir à moi et mes sous-vêtements étaient trempés de sueur froide. D’après Guo Jiming qui avait assisté à la scène, j’avais le teint pâle et vide. Ainsi, profondément marqué par Maître Zhao et son remarquable niveau, me voilà engagé sur le chemin de l’étude du Xinhuizhang[7].

Durant ma formation de plus d’une dizaine d’années sous la direction de Maître Zhao, j’ai pu non seulement pleinement ressentir toute la finesse de sa technicité raffinée et sans fioriture, mais également son extrême méticulosité dans l’enseignement ; il ne se lassait jamais d’instruire,  me corrigeant chaque mouvement sans  laisser passer le moindre petit détail. Nous avons éclairé notre connaissance des principes philosophiques de la boxe à la lumière de ses exemples et de ses explications, toujours claires et précises, et ce de la théorie jusqu’à l’application de chaque technique. Maître Zhao m’a toujours porté une grande attention, même lorsqu’il vivait dans les plaines lointaines de Mongolie Intérieure, il me demandait régulièrement de lui envoyer des lettres afin de lui faire part des résultats que j’avais obtenus de mon entraînement, puis me répondait à son tour en me donnant quelques instructions. Chaque lettre que j’ai reçue de Maître Zhao m’apportait un gain inestimable dans ma pratique.

Le style de boxe de Maître Zhao était vraiment unique en son genre. Une boxe naturelle et élégante, enveloppée d’une forme majestueuse et d’une vigueur sans limite. Je me souviens qu’une fois chez Maître Qiu Zhihe, Maître Zhao a fait une démonstration, du début jusqu’à la fin, de la forme du Xinhuizhang. Maître Qiu habitait une maison de style ancien à deux étages, d’une superficie de 40 mètres carrés et dont les pièces étaient revêtues d’un plancher. Lorsqu’il exécutait sa forme, la taille guidait les hanches, lesquels déclenchaient l’impulsion pour bouger le corps dans une allure rapide et légère, tantôt comme la brise souffle sur les saules pleureurs sans pour autant en faire bouger les feuilles, tantôt comme un énorme coup de tonnerre. On aurait dit qu’il n’était plus lui-même, comme un Immortel[8] en train de danser et doté d’un regard effrayant. Le voyant se mouvoir de la sorte, il était impossible de se rendre compte qu’il s’agissait en réalité d’une personne malade atteinte d’une  thrombophlébite et ne pouvant utiliser qu’une jambe. Le plancher, mais aussi la table, le service à thé, ainsi que les cadres au mur tout se mettait à trembler sous la puissance des gestes de Maître Zhao, secouant presque la maison entière. Il a achevé la forme d’une traite, harmonisant divinement forme, souffle, intention et force[9], principes caractéristiques d’un très haut niveau dans l’art martial. Il donnait ainsi l’impression d’être à la fois un guerrier fort et vigoureux tout en étant capable d’exprimer avec aisance grâce et beauté.

Le Xinhuizhang, l’art que créa Maître Zhao durant ses dernières années, ainsi que les deux premiers caractères xinhui l’expriment, ne sont autre que l’effort, la concrétisation et l’aboutissement de toute une vie de recherche et d’expérimentation.  Le sens de xinhui est celui de  « ressentir/guider avec le cœur/esprit »[10]. En d’autres termes, cela signifie que la boxe du pratiquant doit être animée par l’intention et le ressenti intérieur afin qu’elle puisse s’exprimer de la manière la plus naturelle possible. Maître Zhao exigeait de ses disciples qu’ils appliquent ce principe durant chaque entraînement, afin que ces derniers développent des qualités caractéristiques du Xinhuizhang telles que la coordination, l’unité corporelle, l’explosivité et bien d’autre. Lorsque nous dînions ensemble, le Xinhuizhang était au cœur de chaque conversation. Je me souviens d’une fois, lorsque nous étions tous les deux à table, il s’est mis à me parler de la technique canglong guihai, soit « le dragon vert de l’est retourne à l’océan »[11] : il était assis sur un petit tabouret en bois quand, soudain, il s’est mis à faire vibrer ses bras ; on pouvait entendre le claquement de ses os et de ses tendons, ainsi que le bruit sec sur le sol du tabouret en bois sur lequel il était assis. Rien que le fait d’être assis en face de lui me faisait trembler de frayeur. Il fallait vraiment voir le corps uni et l’explosivité de Maître Zhao lorsqu’il bougeait.

Le Xinhuizhang est le résumé de toute une vie de recherche dans l’art martial. Etant donné que j’ai été l’élève de Maître Zhao Daoxin, je tenais à faire partager à tous les lecteurs ce précieux héritage.

 

 


[1] Voir En mémoire de Qiu Zhihe de Ao Shipeng.

[2] Voir Les annales de Wang Xiangzhai de Wang Yuxiang et Yu Yongnian.

[3] Fali 发力, litt. « sortir » ou « émettre » la force.

[4] Voir La vie de Zhang Zhankui, récits et anecdotes de Huang Jitao.

[5] Voir La création du Luoxuanquan de Huang Jitao.

[6] Egalement voir A mon vénérable maître, Zhao Daoxin de Ma Jinyong.

[7] Voir A mon vénérable maître op. cit. (note 6).

[8] Les xianren 仙人 sont des êtres fantastiques, souvent évoqués dans les œuvres taoïstes, qui transcendent l’opposition entre la vie et la mort, d’où la traduction d’ « Immortel ». Ils appartiennent à l’ensemble des divinités dotées de pouvoirs surnaturels dans les croyances traditionnelles chinoises.

[9] Forme xing  ; souffle qi  ; intention yi  ; force li .

[10] En chinois, le caractère 心 xin désigne le cœur mais peut également exprimer, entre autre,  l’esprit ou l’intention.

[11] Traditionnellement, le dragon vert dont il est question ici est un des quatre groupes représentant les loges lunaires en astronomie chinoise.

Texte original :

 追随十余载  谆谆教诲情

忆赵道新先生
作者:于国权

    本人自1964年起拜刘学锐先生门下学习形意拳,同时结识了刘学锐老师的师弟陈世芬先生,从陈先生处我开始对意拳有了初步了解。
1966
年我与陈先生在天津民园体育场练习推手时,又结识了意拳创始人王芗斋先生的弟子敖石朋(即敖硕鹏)。敖先生对意拳体会颇为深刻,并注重实践。对意拳的拳理能够很透彻地用语言表达出来。敖先生对拳法的讲授特点是实践与理论相结合,边讲边演。在敖先生与我做推手练习时,敖先生一发力即可令人双脚离地,使在我身边的陈世芬先生对敖先生的技艺颇为赞赏。
而后敖先生又经常领我到天津市的各大公园去观摩其他武术门派的技艺,并向其他门派讨教,以吸取各家之长。并在敖先生指导下,与很多民间练武者进行推手切磋,丰富实作的经验。
后又以敖先生介绍,认识了来天津访友的姚宗勋先生,并有幸得到姚先生及天津李文涛先生的指点,受益匪浅。近年来我与姚先生的门人崔瑞彬和姚承光(姚先生之子)亦有往来。我与瑞彬、承光虽兄弟相称,却得到他们很大的帮助。
六十年代末、七十年代初,经刘学锐老师同意和敖先生的介绍,我又拜张兆东先生的弟子、螺旋拳创始人裘稚和先生为师,学习螺旋拳与八卦掌。
1975
年又经裘先生和敖先生介绍,见到了赵道新先生,那天由裘稚和先生带领我和裘先生的另一位徒弟郭继明,在天津水上公园与赵道新先生见面。当我见到赵先生时,站在我面前的竟是一位年近七旬,患有轻度脑血栓,托着一条腿,手拄拐杖的老人。从外表看来他哪里象一位武术家?这与我耳闻和想象中的赵先生真是差之千里。以他现在的年龄和身体状况还能打拳吗?赵先生似乎看透了我的心思,主要说道:国权,你可以随便出手,咱们小试一下,怎样?我听后,心中真怀疑面前这位病弱的老人能否经得住我的击打。但好奇心又驱使我去试一下。于是我应了一声:好吧!便用上中下三路同时发招,击向赵先生。在将要接触赵先生身体之时,只见赵先生身形微动了一下,我只觉得自己身体象被电猛击一般,又好似撞到了一台飞速转动的机器上,被狠狠在甩了出去,顿觉眼前一片漆黑,进而两眼直冒金星,心里发慌、恶心,足有两三分钟我才恢复过来,发觉内衣已被冷汗湿透了。后来据当时在我身边的郭继明讲,当时我的脸色灰白,气色很不好看。就这样,先生以他精湛的武功彻底地使我信服了,并领我走上了学习心会掌法的路程。
在与先生十多年的习武生涯中,我深深地感到,先生不但武功精绝,而且教学严谨,诲人不倦,在教授我每一个动作时都非常的认真和一丝不苟。从拳理到每一掌法的运用都进行了了详尽的讲解,还不时以比喻的方法不断地在拳理上给以我们以智慧的启迪。先生对我关怀备至,即使是他在内蒙古千里山居住期间,也要求我定期给他去信,汇报习拳心得,然后他再回信给我以指导。每次接到先生的信,都使我获益匪浅。
先生演拳时风格独特,拳风潇洒飘逸,形象奇伟,气势磅薄。记得有一次在裘稚和先生家,先生将心会掌从头到尾演练了一遍。裘先生家住一座老式的二层楼房,室内是地板地,面积约40平米。当先生演练这套拳法时,以腰带胯,以胯侧催身,身形飘忽,时而如清风拂柳,时而雷电击空,好似仙人起舞,与平时判若两人,眼中露出骇人的神光。而且平时因血栓而托着的腿也看不出有病了。屋内的地板、桌柜上的茶壶、茶碗,以及墙上的镜框都随着先生的拳势而颤抖,似乎整个楼房都与先生的拳势产生了共震。整个演练过程一气呵成,达到了形、气、意、力真实合一,阶及神明的武术高级阶段。给人以一种既英武矫健,又优雅从容的美的感受。
赵先生晚年所创的心会掌,是赵先生一生心血、经验体会之结晶。心会二字既是赵先生一生心得体会的含意,又是要求习练之人要用心体会,以致心领神会的意思。练习心会掌可以增进人体的协调性、整体性和爆发力等。记得有一次,我与赵先生一起吃晚饭,席间所谈仍不离心会掌的话题,谈到心会掌中苍龙归海一式时,先生坐在小板凳上,突然抖臂,只听得先生身上的筋骨铿然一响,坐下的小凳也同时嘎地响了一下,令坐在先生对面的我,抖然一骇。由此可见先生发力的整体性与爆发性。
心会掌是赵先生对自己一生武技的总结。我既为先生的学生,愿将先生遗作介绍给各位读者。

 

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