chroniques du wulin

Récits des maîtres de l'art martial chinois

Transfert de plateforme

Chères lectrices, chers lecteurs,

J’ai le plaisir de vous informer le transfert de ce blog sur la plateforme « hypothèses ».

Ce blog continue donc à l’adresse suivante : http://wulin.hypotheses.org/  🙂

Laurent Chircop-Reyes

 

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L’entretien de Zhao Daoxin : une « sanglante dissection » des arts martiaux chinois

Zhao Daoxin (1907-1990)

Zhao Daoxin (1907-1990)

L’un des plus éminents disciples de Zhang Zhankui (1865-1938), Zhao Daoxin (1907-1990), a répondu vers la fin des années 80 à un entretien de quatre jours sous l’initiative de Huang Jitao. Celui-ci qualifia ce dialogue, paru dans le magazine « Wu Hun », de « sanglante dissection » des arts martiaux chinois. Le titre original « Dialogue sur les deux grands systèmes des arts martiaux » fait, en effet, référence à l’ouvrage de Galilée « Dialogue sur les deux grands systèmes du monde », lequel eut à son époque, comme cet entretien, d’importantes répercussions…

Premier jour

Huang : Actuellement, il émane de la société certains bruits qui ne sont pas sans irriter vivement les oreilles des pratiquants d’arts martiaux. Par exemple : Li Lianjie, soit Jet Li, est-il, oui ou non, un « instrument de formalisme esthétique » ? Huo Yuanjia, à son époque, possédait-il véritablement les capacités de vaincre un champion actuel de boxe anglaise ou d’un autre sport de combat ? Et d’autres questions de ce genre… Quelle est votre opinion là-dessus ?

Zhao : Cela fait bien longtemps que je n’ai plus la vigueur ni l’intérêt d’aller juger des capacités combatives de qui que ce soit. En réalité, depuis près d’un siècle déjà, dans tout ce grand milieu de la boxe chinoise, il n’a jamais été possible de mettre en place un système d’évaluation et de comparaison équitable et rationnel des capacités combatives. La propagande s’est d’ores et déjà chargée de remplacer les duels. Cependant, le fait est que Monsieur Li Lianjie est une célébrité modèle issue de l’institution des arts martiaux, et que Monsieur Huo Yuanjia est devenu le symbole des maîtres de boxe issu de la population ; les commentaires sur ces deux personnes peuvent ainsi s’étendre aux doutes que nous avons quant aux écoles d’arts martiaux de notre société actuelle, ainsi que sur le caractère combatif que renferment les arts martiaux traditionnels. Autrement dit, les soupçons que nous avons quant à la valeur, dans nos sociétés modernes, des styles de gongfu encore existants aujourd’hui. Tout ça parce que, dans le milieu des arts martiaux chinois, nos « guerriers », sans qu’ils ne puissent avoir le choix, ont été depuis longtemps habitués à entendre un seul et même son de cloche. Par conséquent, dès que s’élève une opinion dissidente, celle-ci vient « choquer les oreilles » de ceux qui sont accoutumés à entendre la norme, lesquels vont sans réflexion aucune s’opposer et réprimer ces points de vue. Lire la suite »

A la mémoire de Qiu Zhihe

Ao Shipeng & Qiu Zhihe

Ao Shipeng & Qiu Zhihe

Auteur : Ao Shipeng (敖石鹏)

Dans les années 60, peu avant la Révolution Culturelle, par un heureux concours de circonstances j’ai fait la connaissance de Maître Qiu Zhihe. Il souhaitait étudier les huit techniques fondamentales de la lance, bamuqiang[1], que j’avais justement pratiqué durant mon enfance. Nous avons été mis en relation grâce à un ami, et notre rencontre a eu lieu à l’approche du soir, devant l’entrée du stade de sport au jardin du Peuple dans le district de Heping. L’ami en question qui avait organisé notre rencontre n’est pas venu et nous avons fait nous-même nos présentations. Ce qui était drôle, c’est que je tenais dans ma main une canne, lui une perche de bambou et, par conséquent, nous n’avons pas eu besoin de dire un mot ; au premier regard, chacun savait qui était qui. Je lui ai raconté que, lorsque j’avais un peu plus de dix ans, j’ai appris la technique de la grande lance bamuqiang du maître prédécesseur Liu Dekuan auprès d’un certain Maître Jin Zhongnian. Cependant, cela faisait de nombreuses années que je ne m’étais plus exercé et j’en avais oublié une bonne partie. Nous avons alors pratiqué en binôme l’enchaînement  de « piquer », zha, et les techniques basiques d’appuyer en demi-cercle vers l’intérieur, na, et de dévier en demi-cercle vers l’extérieur, lan. Ensuite, il m’a montré le changement de paume simple du Bagua[2] ; sa robe légère traditionnelle s’élevait en flottant dans le vent au gré de sa gestuelle puis, lorsqu’il avait fini ses mouvements, le vêtement retombait en retrouvant sa forme originelle, sans un pli. C’était magnifique. À ma grande surprise, je ressentais la saveur du Yiquan dans ses mouvements de boxe ; sans cacher ma joie je lui ai demandé franchement :

« Est-ce que vous connaissez Maître Yao Zongxun ? Lire la suite »

La création du Luoxuanquan

Assis au centre : Zhang Zhankui ; de gauche à droite : Qiu Zhihe, Zhao Daoxin et Wu Yihui

Assis au centre : Zhang Zhankui ; de gauche à droite : Qiu Zhihe, Zhao Daoxin et Wu Yihui

Auteur : Huang Jitao 黄积涛

Le Luoxuanquan [1] a été créé par Monsieur Qiu Zhihe sur la base de la synthèse Xingyi-bagua de Zhang Zhankui[2], enrichi des apports du Yiquan (Dachengquan) de Wang Xiangzhai[3] et du Liuhe bafa de Wu Yihui.

Qiu Zhihe, de son vrai nom Qiu Ling, est né le 10 novembre 1904 dans la ville de Hejian (province du Hebei) et est décédé le 27 février 1994. Il était le deuxième fils de Monsieur Qiu Zucheng, qui a successivement travaillé dans plusieurs districts de la province du Shanxi dont celui du Licheng, Changzhi, Lucheng, Tunliu et Wuxiang.

Automne de la troisième année du règne de l’empereur Guangxu[4](1877), en Chine du Nord. En ces temps de terrible sècheresse, alors qu’il pénétrait les remparts de la ville de Tianjin afin d’y faire commerce de fruits et légumes, Zhang Zhankui (aussi appelé Zhang Zhaodong), un villageois du bourg de Hongyan appartenant à la sixième génération de l’école du Xingyiquan de la province du Hebei, a été arrêté par un garde officiel pour avoir lourdement blessé quelqu’un au cours d’une bagarre à mains nues. Qiu Zucheng, qui était alors responsable de l’arrestation de Zhang, a présenté ce dernier à son père, Qiu Xiaohua. En qualité de censeur officiel au sein de la bureaucratie impériale, Qiu Xiaohua, commandé par l’eunuque Gaojing, a ensuite recommandé Zhang Zhankui au fondateur du Baguazhang, Dong Haichuan. À quelque chose malheur est bon, en devenant le disciple de Dong Haichuan, l’illustre Zhang Zhankui est devenu l’une des personnalités les plus respectées dans l’histoire des arts martiaux chinois moderne et a été plus tard à l’origine de la création de la synthèse Xingyi-bagua. Lire la suite »

En souvenir de Zhao Daoxin

Zhao Daoxin (1907-1990)

Zhao Daoxin (1907-1990)

« Évocations d’un enseignement sincère que je reçus pendant plus de dix ans »

 

Auteur : Yu Guoquan (于国权)

 

J’ai commencé l’étude du Xingyiquan en 1964 sous la direction de Maître Liu Xuerui. Dans le même temps, j’ai pu faire la connaissance de son disciple, Maître Chen Shifen, auprès duquel j’ai reçu ma véritable initiation. En 1966, alors que je pratiquais le tuishou avec Maître Chen au stade de sport du jardin du Peuple à Tianjin, j’ai fait la connaissance de Maître Ao Shipeng (aussi connu sous le nom d’Ao Shuopeng)[1], disciple de Maître Wang Xiangzhai[2], le fondateur du Yiquan. Maître Ao avait une profonde connaissance du Yiquan, et mettait particulièrement l’accent sur la mise en pratique de celui-ci. De plus, durant les leçons qu’il dispensait, il avait cette faculté de pouvoir, de manière claire et pertinente, exprimer par le langage la théorie de cette boxe et ainsi de combiner à merveille les explications théoriques avec les mises en application des principes. Lire la suite »

A mon vénérable maître, Zhao Daoxin

Zhao Daoxin (1907-1990)

Zhao Daoxin (1907-1990)

Auteur : Ma Jinyong 马金镛

Lorsque j’avais 15 ans, alors scolarisé au premier collège du Hebei dans la ville de Tianjin (à présent le troisième collège de la ville de Tianjin), j’adorais l’éducation physique et tout particulièrement le basketball. Avec l’équipe de basket de notre école, nous nous entraînions régulièrement dans les locaux de l’immeuble de l’association de la Jeunesse Chrétienne de la rue de l’Est, lequel est aujourd’hui un foyer pour enfants. Nous partagions souvent la grande salle d’entraînement avec le fondateur de l’« Association de Recherche des Arts Martiaux de Chine »[1], le fameux maître de boxe chinoise, Zhang Zhankui [2]. Un jour, Maître Zhang m’a soudainement fait un geste de la main, puis a demandé à haute voix aux personnes autour de lui :

« Qui est cet agile gamin qui joue au ballon ?

— Ce ne serait pas le neveu de ton disciple Ma Qichang ? Répondit quelqu’un.

— Dis-lui de venir me voir… ».

Par la suite, Maître Zhang n’a pas eu besoin d’insister longtemps pour me convaincre d’arrêter le basket pour étudier la boxe à ses côtés. C’est ainsi que je pénétrais le cercle des arts martiaux, c’était l’année 1930. Lire la suite »

La vie de Zhang Zhankui, récits et anecdotes

Zhang Zhankui (1865-1938)

Zhang Zhankui (1865-1938)

Auteur : Huang Jitao 黄积涛

Zhang Zhankui, surnommé Zhaodong, est né un mois d’août de l’année 1865, soit durant le quatrième été du règne de l’empereur Tongzhi[1], dans le village Hongyan — district Hejian de la préfecture de Cangzhou —, dans la province du Hebei. Vivant à la campagne, le jeune Zhang a passé toute son enfance à travailler la terre et à suivre l’enseignement de l’école Dahongquan.[2] Son maître de boxe, un certain Wang connu de tout le village, avait la réputation de posséder un « corps d’acier ». Jeune, Zhang Zhankui était bienveillant et avait en lui cette force d’âme qui le poussait à se battre contre les injustices, intervenant toujours en faveur de l’offensé : quand des gens venaient chercher querelle au village et que cela dégénérait en bagarre, c’était Zhang Zhankui qui, bravant avec franche audace les échauffourées, allait dénouer les tensions. Lire la suite »

Les annales de Wang Xiangzhai

psb
Wang Xiangzhai (1886-1963)

Auteurs : Wang Yuxiang 王玉祥, Yu Yongnian 于永年

Maître Wang Xiangzhai est né un 24 novembre de l’année 1886 (le 29 octobre selon le calendrier lunaire traditionnel), soit durant la douzième année du règne de l’empereur Guangxu[1], dans le village Weijialin du district Shen, province du Hebei. Son prénom d’origine était Nibao, également surnommé Yuseng — Bonze-universel ­—, il opta par la suite pour le pseudonyme Xiangzhai. Son grand-père paternel était directeur des comptes au sein d’un magasin de commerce dans ce même district. Dans cette région vivait une population vaillante fortement attachée aux coutumes locales, dont parmi lesquelles celle de la pratique des arts martiaux qui faisait, pour beaucoup d’habitants, partie du quotidien. De nombreux experts illustres sont nés sur ces terres, tel que le créateur du Xingyiquan de la branche du Hebei, Li Luoneng, ou encore le célèbre maître de Baguazhang, Cheng Tinghua. Les disciples de Li Luoneng, à savoir Guo Yushen, réputé pour sa frappe du poing sur un demi-pas, et Liu Qilan étaient aussi natifs du district de Shen. Guo Yunshen était un éleveur de chevaux dans un village tout proche de celui de Weijialin, et sa famille entretenait depuis fort longtemps d’étroites relations avec celle de Wang. Enfant chétif et asthmatique, le jeune Wang, poussé par sa famille qui craignait qu’il ne puisse vivre longtemps, s’est alors entraîné à la pratique du Xingyiquan sous la direction de Maître Guo dans le but de renforcer sa santé. En raison de son âge avancé et de son handicape au pied, Guo Yunshen ne voulait pas, dans un premier temps, accepter Wang Xiangzhai en tant que disciple. Toutefois, ayant perdu son fils unique, Guo Shenduo, mort prématurément à la suite d’une chute à cheval, Guo Yunshen a fini par faire exception à sa règle, sous les recommandations d’un ami proche du nom de Zhao Leting, et a accepté que Wang Xiangzhai réside chez lui. Lire la suite »

Témoignage de Zhao Fujiang

Narrateur : Zhao Fujiang 赵福江

Maître Zhao Fujiang, originaire du village Meng du district de Canzhou dans la province du Hebei, est décédé le 26 juillet 2007 à Tianjin. Dans la vidéo qui suit, Maître Zhao Fujiang narre son parcours, sa boxe ainsi que des anecdotes sur le Dachengquan de son maître, Zhang Entong 张恩桐, ainsi que du maître de ce dernier, Wang Xiangzhai 王芗斋. En raison de leur rareté, les récits des maîtres sur enregistrements vidéo constituent de précieux documents à conserver.

Voici donc le témoignage de maître Zhao Fujiang, composé d’extraits sélectionnés et tirés de la série vidéo Wuxue dajia Zhao Fujiang xiansheng shishi liuzhounian 武学大家赵福江先生逝世六周年.